Quand le récréatif laisse place au don de soi.
Préambule : vers une prise de conscience des enjeux systémiques derrière le don de soi féminin
Cet article s’adresse prioritairement aux femmes (nées ou se sentant femmes) et plus particulièrement aux mères (qui ont des enfants ou souhaitent en avoir).
Pour autant, il peut être lu et partagé par tout un chacun car il fait état d’un système qui entretient des croyances qui affectent négativement le ressenti, la perception et la confiance des femmes.
Prendre conscience des mécanismes dans lesquels nous sommes pris, en tant qu’humains faisant partie d’un système constitue la première étape d’un changement de perspective.
Ainsi, via les lignes qui suivent,
J’invite les femmes, les mères, les conjointes à prendre conscience des mécanismes et des empreintes psychologiques dans lesquels elles sont emmêlées,
J’invite les hommes, les pères, les conjoints à s’identifier au ressenti d’une femme, à prendre conscience des mécanismes systémiques qu’ils entretiennent.
J’invite tous les lecteurs et lectrices à partager cet article à leur entourage (hommes et femmes confondus),
Pour amorcer ensemble le changement de perspective.
Vous y trouverez :
- Une narration fictive illustrant ce que peut être le quotidien des mères de famille :
- En appui sur des exemples réels qui m’ont été rapportés de la part de différentes mères,
- Dans laquelle vous reconnaîtrez peut-être des similitudes avec votre quotidien
Vous y verrez ainsi que d’autres mères peuvent vivre les mêmes désagréments, ressentis et envies que vous et vous vous sentirez peut-être moins isolée dans votre désarroi
N.B : Cette section introduit mon propos mais si vous ne souhaitez pas la lire ou que vous la trouvez trop longue, vous pouvez passer directement à la partie suivante. Celle-ci apporte un point de vue métacognitif sur le quotidien des mères de familles et plus particulièrement en ce qui concerne le fait de céder à “l’appel du parc”.
- Un point sur ce que j’ai appelé le “sacrifice du parc” ou le fait de taire son individualité, de faire passer les envies et besoins de ses enfants (et plus généralement ceux de son entourage) avant les siens propres
Vous y verrez que c’est tout un système qui vous amène à céder à “l’appel du parc” :
- D’une part, en appui sur votre fonctionnement personnel et relationnel avec votre enfant
- D’autre part, du fait de votre appartenance à la “communauté des mamans”
N.B : Vous n’arrêterez peut-être pas de céder à “l’appel du parc” mais vous vivrez cette activité “en conscience”, en maîtrise et dans une démarche volontaire pour en finir avec le positionnement d’assujettissement que l’on retrouve beaucoup chez les femmes (cf partie suivante)
- Une mise en lumière de la tendance naturelle, chez les femmes, à se sacrifier pour leur entourage et une analyse personnelle de ce phénomène et de ce qui a conduit l’humanité, pendant de nombreuses années, à penser les hommes supérieurs aux femmes d’un point de vue cognitif.
Vous y apprendrez,
- D’une part, que, selon moi, la capacité, relativement naturelle, des femmes à se sacrifier au profit des besoins et demandes de leur entourage :
-> Prend racine au sein de leur physiologie cérébrale (étant biologiquement programmées pour fabriquer un enfant, même lorsque cela s’avère finalement impossible d’un point de vue mécanique) et dans le fait que la survie de la progéniture humaine nécessite que sa mère ait dans son cerveau une fonction “sacrifice” ;
-> Entretient la persistance, encore aujourd’hui, de la conception selon laquelle le rôle/la mission des femmes serait de se rendre disponible pour les autres (et notamment leur conjoint et les hommes de manière générale)
- D’autre part que, selon moi, la conception (et sa persistance encore aujourd’hui) selon laquelle les femmes seraient inférieures aux hommes en différents points :
-> A pu prendre racine sur le fait qu’à certaines périodes de son cycle et de sa vie, la femme vit une certaine “faiblesse cognitive” temporaire.
-> Semble être à l’origine d’une altération, chez les femmes, de leur confiance en elles (puisque finissant par se penser, elles-mêmes, comme inférieures, incapables, impuissantes…), laquelle entretient, dans le même temps, la dite conception.
N.B : Cette partie est essentielle pour la compréhension de ce qui a pu produire une empreinte sur votre construction psychique (en tant que femme) et vous donnera les clés pour, d’une part, infirmer la croyance populaire selon laquelle vous seriez inférieure aux hommes et, d’autre part, vous vous sentir légitime de vous décaler de cette empreinte et enfin avancer vers plus de confiance en vous.
Le quotidien des mères de famille
Exemple fictif (sous forme de nouvelle) de Mia, 37 ans, 3 enfants de 8 ans (Pia), 6 ans(Philomène) et 4 ans(Perrine).
Nous sommes lundi matin, un jour d’école : le pire jour au monde pour un parent.
- 7h : le réveil sonne. Mia râle, elle aimerait dormir encore, ou au moins traîner au lit.
Cette nuit, il y a eu à nouveau un réveil : Philomène a fait un cauchemar.
Mia sait que, passé 4 ans (âge où normalement le sommeil se stabilise), il peut tout de même y avoir encore des réveils dans la nuit.
Il n’empêche que ce matin, cela l’irrite tout particulièrement car hier soir elle a veillé un peu plus tard que d’habitude (il y a une série qu’elle voulait avancer et elle s’est dit “tant pis, je rattrapperai mon sommeil plus tard”).
Donc ce matin elle paie le prix de son interlude récréative et regrette de s’être couchée si tard. - 7:02 : Mia voit les minutes qui défilent sur son réveil mais elle ne bouge pas, comme embourbée dans sa fatigue.
Pourtant elle sait que chaque minute compte et que ce serait inconscient d’attendre encore avant de se mettre en action tant le timing est serré le matin. En plus, elle sera bientôt seule pour préparer ses filles et les emmener à l’école car c’est un jour où son mari commence tôt le travail. - 7:05 : Mia ne parvient toujours pas à s’extirper du lit : dans sa tête elle se répète qu’elle doit se lever mais son corps ne se met pas en action, comme s’il faisait acte de résistance.
Dans sa demi-somnolente, il lui semble entendre la voix de son mari, au loin, qui lui dit qu’il va bientôt partir et qu’il est temps de réveiller les filles. Non sans mal, elle ouvre un oeil, puis le deuxième, et glisse lentement du lit jusqu’à la moquette. Elle voudrait capituler tant le contact avec la moquette est doux et se demande ce qu’il se passerait si elle fermait les yeux encore quelques minutes. - 7:07 : Mia est tirée de sa rêverie par la voix de son mari qui la rappelle. Cette fois-ci c’est la bonne : pour se donner du courage, elle pense à Sidney Bristow, l’héroine de la série Alias qu’elle a regardé la veille, et se hisse sur ses jambes comme si monter réveiller ses filles était une mission de la plus haute importance (ce qui n’est pas très loin de la vérité).
En passant devant la cuisine, elle pousse un soupir de soulagement en voyant que son mari a disposé le petit déjeuner sur la table et préparé les goûter dans les boîtes : elle se dit que ce sera déjà ça de moins à faire dans cette temporalité matinale déjà étriquée. - 7:09 Mia voit son mari tourner la clé dans la serrure de la porte d’entrée et se diriger vers sa voiture. Au moment où elle entend la porte claquerune envie d’évasion lui trotte dans la tête et elle se dit “il est encore temps d’échanger ta place”. Puis, comme à son habitude, elle se dirige vers la baie vitrée de la cuisine et se demande : “va-t’il se retourner et m’encourager du regard comme il le fait chaque matin ?” Et comme chaque matin, l’attente lui paraît interminable. Ce regard est un rempart contre l’effondrement et s’il ne le fait pas, elle risque de ne pas se sentir d’attaque pour affronter l’armée de monstresses à l’étage.
- 7:10 Le mari de Mia tend sa main vers sa voiture, appuie sur le bip, s’avance vers la portière du côté conducteur, approche sa main de la poignée, referme sa main sur la poignée, attend 5 secondes, se tourne à 90 degrés d’abord puis à 180 degrés, plonge ses yeux dans ceux de Mia. La voilà soulagée (elle a bien cru cette fois-ci qu’il partirait sans effectuer le rituel salvateur). C’est un regard qui renferme un mélange de soulagement (parce qu’il échappe, ce matin, à l’épreuve de la préparation pour l’école) et de compassion (car il sait ce que sa femme s’apprête à vivre et combien cela est difficile pour elle à certains moments).
- 7:11 Mia pousse un nouveau soupir de soulagement : elle se sent désormais prête à affronter ses adorables monstresses. Mais avant cela, elle se surprend à voir défiler dans sa tête les images de quand elle n’avait pas encore d’enfants.
Avant d’être maman :
- Elle pouvait traîner le matin dans le lit, même si elle devait travailler (souvent elle mettait son réveil le plus tard possible et rognait sur son temps de préparation).
- Se coucher tard n’était jamais un problème (elle savait qu’elle rattraperait son sommeil tôt ou tard).
- Elle aimait retrouver ses amies au bar en “afterwork” et discuter jusqu’au petit matin.
- Elle n’avait qu’elle à se soucier.
Mais ça, c’était avant. Avant d’avoir des enfants, avant de tout faire et tout donner pour eux, jusqu’à sa propre individualité.
Et parfois, cela est pesant comme ce matin : même si elle aime ses filles plus que tout au monde et même si c’est naturellement qu’elle se sacrifie pour elles, elle aimerait parfois revenir à sa vie d’avant ou s’évaporer sur une île paradisiaque (via une réalité alternative).
7:12 : Une voix d’enfant la sort de sa rêverie. Mia commence par la grande (Pia) car c’est celle qui est la moins grognon au réveil : voir son sourire et sentir ses petits bras autour de son cou, l’odeur de sa peau lui donnera une force supplémentaire pour réveiller et préparer les deux autres.
Pia sourit à Mia et cela envoie en elle des doses :
- De sérotonine, molécule neuronales qui régule l’humeur et apporte de l’apaisement, la sérénité (très utile lorsque l’on s’imagine aller vers un moment déplaisant)
- De dopamine et d’adrénaline, molécules neuronales qui, respectivement, activent la motivation à
-> Poursuivre un comportement à potentiel plaisant
-> Se mobiliser sur des actions à potentiel déplaisant ou de risque
(Nous comprenons bien l’utilité dans l’action qui attend Mia après le câlin avec Pia)
- D’endorphine, molécule neuronale qui réduit les sensations de douleur et de pesanteur et peut avoir un effet euphorisant ou relaxant (et Mia en a bien besoin ce matin, alors que la fatigue se fait sentir et que la maternité la pèse).
- D’ocytocine, molécule neuronale de l’attachement par excellence et qui est sans doute responsable de la facilité avec laquelle elle se sacrifie au quotidien. Cette molécule active également la motivation, la réduction de la douleur, du stress et de l’anxiété.
Ce sont ce genre de moments, tout simples, qui rappellent à Mia l’importance de se focaliser sur le moment présent et les moments de plaisir et de trève, aussi brève soit-ils tels qu’un sourire de ses enfants, un câlin, un rire…
- 7:13 : direction la chambre de Philomène et Perrine. Mia prend une grande respiration et entre. Elle lance un “Bonjour mes amours” qui déclenche des “Je ne veux pas aller à l’école !!!” si aigüs qu’ils manquent de lui crever les tympans. Souvent elle se dit que l’on pourrait facilement utiliser leurs cris comme instruments de torture dans les forces spéciales.
- Heureusement, Mia sait comment les adoucir : ses adorables monstresses ne résistent pas longtemps à des poutous dans le cou et “la petite bête qui monte”.
- 7:17 : Philomène et Perrine se résignent à sortir de leur lit et commencent à s’habiller (Pia est déjà habillée et descendue déjeuner).
- 7:22 : Dans la cuisine, une nouvelle crise éclate : il y a des cracottes et de la confiture au déjeuner et Philomène et Perrine n’en veulent pas. Mia a l’habitude car c’est son lot quotidien : ses deux cadettes voudraient manger des pains au lait tous les matins mais la règle est que les viennoiseries sont réservés aux jours sans école. Finalement, après quelques minutes de revendications, Philomène et Perrine finissent par manger leurs cracottes. Elle en profite pour aller se préparer à son tour. Puis, comme les filles ont encore faim, Mia leur propose des fruits qu’elles dévorent comme si c’étaient des friandises et en redemandent par trois fois.
- 7: 40 : le petit déjeuner touche à sa fin et Mia s’apprête à vivre une nouvelle crise lorsqu’elle demande à Philomène et Perrine d’aller se brosser les dents (Pia l’a déjà fait et est en train de se coiffer). Elle anticipe le cataclisme et se transforme en “La Sorcière kinaimepaslesdentsales” (Mia sait que le jeu fonctionne bien avec les jeunes enfants de moins de 7 ans)et crie “attention, la Sorcière kinaimepaslesdentssales vient d’arriver dans la maison et elle n’est vraiment pas contente”. Aussitôt, les petites courent vers la salle de bains et commencent le brossage. Mia pousse à nouveau un soupir mi-soulagement-mi-agacement : elle sait que ce tour est infaillible mais parfois elle aimerait juste dire “allez vous brosser les dents” sans user de stratagèmes (comme elle le fait avec Pia). Pendant que les petites se brossent les dents, Mia en profite pour les coiffer.
- 7:45 : tout s’enchaîne. On pourrait croire qu’elles ont le temps jusqu’à leur départ à 8h (les filles sont habillées, coiffées, ont déjeuné, brossé leurs dents) mais 10 minutes passent en un éclair avec des enfants en bas âge et il faut encore choisir et enfiler les chaussures, mettre une veste puis un manteau et pour cela, Mia fait pas moins de 10 rappels (les filles papotent et n’arrivent à rien faire en même temps que cela).
- 7 : 58 : le manteau n’est toujours pas mis et Mia doit courir après Philomène et Perrine pour les faire écouter. Ce matin elles ont décidé qu’elles avaient assez chaud et qu’elles sortiraient seulement avec leur veste légère. Seulement, il fait 8 degrés. L’orage laisse finalement place à une éclaircie et elles peuvent enfin arpenter le chemin de l’école. Le trajet se passe sans nouvelle crise (ouf !) et Mia pousse un dernier soupir de soulagement une fois que les filles ont été embrassées et déposées à l’école.
- 8 H 15 : Elle a à peine le temps de discuter 5 minutes avec ses copines-mamans et c’est déjà le moment de retourner chercher sa voiture pour partir travailler (il y a des jours comme aujourd’hui où elle envie les mères qui ne travaillent pas).
- 9 H Sa journée de travail commence et elle finira à 17h.
- 17 H : C’est la fin de sa journée de travail. Mia se hâte de rassembler ses effets personnels et file récupérer ses filles au périscolaire.
- 17 H 30 : Mia sonne au portail de l’école. Une dame du périscolaire la salue et s’empresse d’aller chercher Pia, Philomène et Perrine.
Les 3 princesses se jettent sur elle et dans le même temps, lui demandent si elles peuvent aller au parc. Elle hésite (elle est fatiguée par sa courte nuit, les épisodes du matin et sa journée de travail) mais en voyant leur petite tête d’ange la supplier de tous leurs trait elle ne résiste pas longtemps et acquiesce. Puis elle rajoute “seulement 10 minutes, je suis vraiment fatiguée ce soir”.
Mais au fond d’elle elle sait qu’elle y restera bien plus longtemps car elle y sera bercée par le relatif silence qui lui parvient, du fait que ses filles jouent avec d’autres enfants (alors que quand elles sont à la maison, les jeux de ses filles finissent souvent dans les hurlements et, en plus, en intérieur, il n’y a pas d’aération) et par la conviction imaginaire que le “tunnel du soi” va s’évaporer avec les rires de ses enfants (spoiler : cela est plutôt le contraire qui arrive en réalité puisque l’excitation du parc peut conduire à un enchaînement de crises lorsque l’on décide de partir et lorsque le temps se réduit à mesure que l’heure prévue du coucher se rapproche. Mais cela peut faire du bien [ou donner l'impression de répit]d’avoir un petit moment de pause dans sa journée, même si cela augure l’affrontement d’une tempête)
Par chance, elle y retrouve ses copines-mamans avec qui elle n’a pas eu le temps de discuter ce matin. Mais cela est en même temps un piège : elle se sent à la fois légitime de rester (si elles sont là c’est que c’est bien d’autoriser à ses enfants cette interlude) et illégitime de dire non (si je dis non c’est que je suis une mauvaise mère).
Le Sacrifice du parc
Quand le souhait d’être de “bonnes mères” les transforme en pilier de parc
Comme Mia, beaucoup de mères se laissent piéger dans les “filets du parc”, à la sortie de l’école. Je parle de sacrifice car parfois, cette activité de surveillance de son (ses) enfant(s) (voire de jeu avec lui pendant des dizaines de minutes) est plus une corvée qu’un plaisir et pourtant, les mères le font plus ou moins naturellement et plus ou moins longuement.
Je parle principalement des mères car même si l’on peut apercevoir de plus en plus de pères au parc, ce que j’ai observé dans mon entourage (professionnel et personnel) c’est que :
- Ceux-ci arrivent souvent plus facilement à dire “non” à leur(s) enfant(s) lorsqu’il(s) leur demande(nt) de jouer au parc à la sortie de l’école (et de manière générale) et à tenir le “non” lorsqu’il y a insistance
- Lorsqu’ils acceptent de laisser leur(s) enfant(s) jouer au parc, souvent ils s’y astreignent moins longtemps et tiennent militairement les 5, 10 ou 15 minutes annoncées
Là où les mères peuvent passer plusieurs dizaines de minutes, voire des heures (alors qu’au fond d’elles elles aimeraient rentrer), comme si :
- Elles n’assumaient pas de dire “non” à leur(s) enfant(s) ;
- Dire non à leur progéniture était un supplice et déchirait une partie d’elles ;
- Elles étaient conditionnées à sacrifier leurs souhaits et besoins au bénéfice du bonheur et plaisir de leur(s) enfant(s) (et nous verrons dans la prochaine partie comment le sacrifice est, d’une certaine manière, corrélatif au fait d’être une femme).
Deux phénomènes entrent en jeu :
1. D'une part, les supplications des enfants agissent comme "le chant des Sirènes" (cf la légende d'Ulysse) et appellent leur mère à les suivre et à se noyer à l'intérieur de leurs argumentations.
Et ce, d’autant plus après une journée éreintante, au cours de laquelle on a déjà beaucoup mobilisé ses neurones et/ou géré des conflits, apaisé des tensions, réagi à une urgence, fait des compromis, participé à des négociations…
En effet, le cerveau a un grand pouvoir d’accueil et de régénérescence mais tout un chacun a une limite à ce qu’il peut tolérer dans une seule journée (voire une seule semaine). On peut ainsi imaginer une batterie qui lorsqu’elle se retrouve surchargée voit ses capacités cognitives telles que la réflexion, le raisonnement, la motivation, la résistance… amoindries.
En cause, le glutamate, une molécule qui, suite à un effort intellectuel intense et prolongé, s’accumule dans certaines zones de notre cerveau (soit dans le “cortex préfrontal latéral, une région qui gouverne nos fonctions mentales supérieures”) et “perturbe le raisonnement et la prise de décision” (éléments reccueillis sur : https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/08/11/la-fatigue-cognitive-un-signal-qui-avertit-votre-cerveau-d-un-risque-de-surchauffe_6137797_1650684.html).
C’est ainsi que lorsque l’on a passé une journée plus ou moins contrariante, que l’on se sent fatigué, accablé voire écrasé, il devient difficile de raisonner comme on le ferait dans un autre contexte et donc de ne pas céder aux supplications de ses enfants.
Dans ce cadre, même s’il est essentiel de proposer un cadre, des limites à ses enfants et de conserver de la consistance dans ses règles et propos (autrement dit de ne pas changer d’avis tout le temps), vous pouvez vous dire qu’il est tout à fait normal (voire même biologique) de céder aux supplications de ses enfants par moments. Cela est déculpabilisant n’est-ce pas ?
2. D’autre part, il peut être difficile de résister au sacrifice du parc lorsque l’on voit d’autres mamans qui s’y astreignent.
A la sortie de l’école, lorsqu’il fait un temps relativement clément, on peut apercevoir une ribambelle de mamans (et quelques papas) qui surveillent leur(s) enfant(s) au parc.
Parfois elles sont seules, parfois en groupe et dans ce cas, souvent, elles profitent de ce moment pour discuter (de leur journée de travail, des activités du prochain weekend ou des prochaines vacances, de leurs difficultés avec leurs enfants ou ce qui les a impressionnées, fait rire les concernant, de ce qu’il se passe à l’école…).
=> On pourrait imaginer que voir d’autres mamans qui laissent leur(s) enfant(s) jouer au parc peut être :
- Réconfortant (“Chouette on va pouvoir discuter et s’apaiser après une journée intense”) ;
- Légitimant (“Super, s’il y a d’autres mamans c’est que j’ai raison d’accepter que mon enfant joue au parc. Après tout, il a travaillé toute la journée, il a bien besoin d’un peu de jeu”)
- Déculpabilisant (“Ouf, je ne suis pas la seule à me laisser piéger par mon enfant”)
- Culpabilisant (“Mince, s’il y a d’autres mamans c’est que c’est une bonne chose de laisser son enfant jouer au parc et si je ne le fait pas je ne suis pas une aussi bonne mère qu’elles)
- Illégitimant (“Zut, je voulais rentrer chez moi mais ça pourrait être mal vu si je ne laisse pas mon enfant jouer au parc après leur journée de travail”)
- Contraignant (“Arf, ça fait longtemps que je n’ai pas pu parler à mes copines après l’école. J’aimerais rentrer mais elles vont finir par m’oublier ou m’en vouloir”).
Liste non exhaustive
=> De plus, on pourrait également imaginer différents “profils”.
Il y a :
- Celles qui sont pragmatiques et anticipent l’organisation du soir et par conséquent elles acceptent que leur(s) enfant(s) joue(nt) maximum 10 minutes et s’y tiennent ;
- Celles qui sont pressées mais flexibles et même si elles aimeraient rentrer rapidement car elles savent que le soir le timing est serré, elles ne tiennent presque jamais les 10 minutes annoncées en amont ;
- Celles qui sont décontractées et n’aiment pas trop anticiper alors elles acceptent que leur enfant joue sans lui donner de limites (souvent elles partent en dernier ou profitent d’un mouvement groupal pour continuer de discuter avec leurs copines sur le chemin)
- Celles qui sont optimistes et envisagent qu’en acceptant que leur enfant joue au parc il sera plus conciliants ensuite (mais c’est sans compter que les enfants en dessous de 7 ans - et parfois même plus âgés - ont du mal à raisonner ainsi) ;
- Celles qui sont hypersensibles et très empathiques (et pour certaines ont eu une éducation qu’elles considèrent comme trop stricte ou maltraitante) et ont du mal à refuser une faveur à leur enfant (même lorsqu’elles l’avaient puni de parc) ;
- Celles qui sont débordées et ont du mal à anticiper et donc elles acceptent que leur enfant(s) joue car ses supplications ajoutent du poids à leur mental déjà bien chargé (et elles regretteront le soir car le coucher se fera trop tard et dans les cris)
- Celles qui sont anxieuses et anticipent négativement le “tunnel du soir” et préfèrent le repousser à plus tard en espérant, chaque fois, qu’ainsi ce sera plus simple (mais chaque fois elles observent le contraire).
(Liste non exhaustive)
Alors, quel profil pensez-vous être ?
Pour précision, aucun “profil” n’est figé et il est possible de passer de l’un à l’autre en fonction de vos souhaits et/ou difficultés en termes d’éducation.
Les femmes et le sacrifice
Pour finir, voici quelques mots sur mon observation depuis quelques temps (dans mon entourage personnel ou dans le cadre des séances à mon cabinet), de la tendance relativement naturelle des mères à se sacrifier (au profit de leur enfant et/ou conjoint) presque comme si elles étaient conditionnées pour cela.
Par exemple, comme je l’ai déjà mentionné dans un précédent article (“Maternité et pression sociale : quand le rôle de mère devient un défi invisible”), il n’est pas rare d’observer que les femmes :
-> Donnent la priorité à leur enfant et organisent leur emploi du temps en fonction de lui et ce bien plus que les hommes qui peuvent avancer l’argument “je ne peux vraiment pas quitter mon travail plus tôt”
一 Comme si la profession et les engagements de Monsieur avaient plus de valeur que ceux de Madame 一
-> Prennent en charge la gestion médicale et logistique des enfants (événements et rendez-vous scolaires, fournitures à prévoir, interrogation sur la santé des enfants et prise de rendez-vous…) et se plaignent d’avoir beaucoup plus de “charge mentale” liée aux enfants que leur conjoint (et parfois même, la charge mentale concerne le conjoint lui-même car il compte sur elles d’un point de vue administratif et logistique) -
一 Comme si la femme était une machine programmée pour stocker et mettre en oeuvre les activités du foyer 一
-> Ne s’autorisent pas à prendre du temps pour elles, à faire une pause dans leur rôle de mère ou de conjointe.
Et quand elles le font, quand elles laissent leurs enfants à leur conjoint ou à de la famille, il arrive souvent qu’elles se :
↳ Jugent négativement (en comparaison par rapport à ce qu’elles observent autour d’elles ou comment elles imaginent le fait d’être une “bonne mère”) ;
↳Se culpabilisent (et pensent que leur devoir est d’être auprès de leurs enfants et que leur absence peut les avoir traumatisés pour toute la vie) ;
↳ Se sentent/voient jugées, culpabilisées par leur entourage, par leurs enfants (qui, étrangement, ne réagissent pas pareil en ce qui concerne le père)
一 Comme si, au sein de l’ADN humain était intégré le fait que la mère se doit d’être auprès de ses enfants 一
Mais, alors que nous avons traversé des années de bataille des femmes pour obtenir les mêmes droits et mêmes considérations, pourquoi ce conditionnement est-il encore ancré si fortement dans le coeur et le corps des femmes et de leur entourage ?
Deux hypothèses principales me sont venues à l’esprit.
1. D’une part, la femme née fille est biologiquement programmée pour porter un enfant, pour enfanter et pour allaiter sa progéniture (même si elle ne le souhaite pas ou ne le peut pas).
De ce fait, d’une certaine manière, on pourrait imaginer que la femme née fille est biologiquement programmée (au niveau de son cerveau) pour sacrifier :
-> Son corps (puisque celui-ci est réquisitionné au service de la création d’un être-humain et de son alimentation, des soins et attentions qui lui sont prodigués, et parce qu’il peut être impacté durablement par ce processus) ;
-> Son individualité (puisque les besoins d’un nouveau-né sont irrépressibles et nécessitent une action instantanée sous peine de douleurs ou gêne intenses, pendant la première année de vie d’un enfant, l’individualité est en grande partie mise au service de ces besoins).
Autrement dit, que l’on croit ou non au principe d’ “instinct maternel”
↳ Qui semble plutôt être une dimension cognitive ;
↳ Dont la mise en oeuvre est fortement corrélée au parcours de vie de la personne et au contexte dans lequel elle met au monde son enfant ;
=> Il y a, vraisemblablement, d’un point de vue biologique, tout un système mis en place pour permettre à la mère de s’occuper de son enfant et à l’enfant de survivre.
En effet, le petit humain a beau être un mammifère comme le poulain, le veau ou le dauphin, il naît “non terminé” (d’un point de vue psychomoteur) et non autonome. Il a donc fortement besoin d’un humain adulte.
Et plus particulièrement, dans les premières semaines voire mois de sa vie, il a besoin de sa mère étant donné qu’il a grandi à l’intérieur d’elle et qu’il a donc été en symbiose avec elle (et doit poursuivre cette symbiosequelques temps avant de prendre de la distance).
Pour un nourrisson, sa mère représente encore une partie de lui et lorsqu’elle répond à ses besoins en instantané et lorsqu’elle le prend contre son corps, cela le rassure, le contient, le structure, l’enveloppe, le sécurise, lui apporte de la consistance et de la régulation émotionnelle (et notamment en lien avec la libération d’ocytocine qui en découle, celle-ci étant une molécule qui réduit le stress et favorise le calme, le sentiment de confiance et de sécurité).
Aussi, nous pouvons imaginer que de cette idée, probablement perçue inconsciemment depuis de nombreuses années, a découlé la mise en place d’une organisation familiale où le père irait travailler et la mère se mettrait au service des enfants et, par dérivation, de son conjoint.
Autrement dit, on aurait profité de la tendance biologique des femmes à se sacrifier pour leur enfant pour les conditionner et les cantonner à se sacrifier de manière plus générale et construire et faire monter en puissance l’idée que leur rôle serait prioritairement (voire exclusivement) de servir leur prochain.
De plus, depuis peu, on théorise le fait que la maternité est pour les mères très impactant, mobilisant et fragilisant, physiquement et psychiquement.
Par exemple, on sait maintenant que, à la suite d’une naissance :
- Le cerveau étant mobilisé pour le développement de l’attachement, la vigilance et la satisfaction des besoins du bébé (et donc la mémorisation de ce qui est essentiel pour lui), il y a une perte de mémoire et d’attention vis-à-vis de ce qui n’est pas directement lié au bébé.
- Les réserves de fer, de calcium et d’acide gras sont complètement épuisées
- La fonction cardiaque, la pression artérielle et le métabolisme continuent d’être déstabilisés (et la mère peut se sentir essoufflée ou en sous régime physiquement)
- Que ces désagréments sont, en plus, potentialisés avec la privation de sommeil
- Que les fonctions cérébrales et physiologiques peuvent mettre entre 2 à 6 ans pour se rétablir.
On peut alors imaginer que c’est sur ce point que l’on s’est appuyé pour avancer que les femmes étaient un être inférieur d’un point de vue cognitif et fragiles physiquement.
Et on rajoute à cela l’idée selon laquelle, pendant leurs menstruations, les femmes seraient fragilisées voire handicapées, et la femme était le profil parfait pour être considéré comme inférieur, d’autant que la sensibilité et l’empathie qui les constitue (du fait, probablement, qu’on leur ait inculqué que c’était ce que l’on attendait d’elles) leur permettait de s’adapter naturellement au rôle qui leur était assigné.
Or, j’ai récemment lu le résumé d’une étude qui indiquait que les femmes, pendant leurs menstruations,
- Même si, sensitivement elles apparaissent moins disposées à se mobiliser du fait d’une gêne plus ou moins impactante en fonction des personnes ;
- Seraient finalement plus performantes que les hommes, d’un point de vue cognitif.
- De même que, l’idée selon laquelle les femmes sont naturellement et biologiquement plus empathiques que les hommes est relativement invalidée par des études indiquant :
- D’une part, que les nourrissons sont capables de comprendre les émotions des autres indépendamment de leur sexe ;
- D’autre part, que le développement plus important de l’empathie et la sensibilité chez les filles et les femmes serait une construction sociale puisque :
↳ Il existe des pays où les scores dans les tâches d’empathie sont similaires entre les hommes et les femmes (21/57) et des pays où il y a des différences significatives (36/57) ;
↳ Des chercheurs ont repéré que (https://www.bbc.com/afrique/articles/cewzdvk9l9po.lite) :
- Dans certains pays, les femmes auraient tendance à faire preuve de plus d’empathie que les hommes car on les aurait conditionnées socialement à cela, en les invitant à “agir en fonction de leurs émotions et à donner la priorité aux besoins des autres” et en leur offrant des jouets mettant l’accent sur des “compétences plus douces et plus nourricières” (là où l’on offre aux garçons, “des outils et des voitures miniatures”) ;
- “Le pouvoir fausse notre empathie et empêche les gens de la ressentir” (ce qui expliquerait pourquoi les hommes, ayant longtemps eu plus de pouvoir que les femmes, sont considérés comme étant moins capables de faire preuve d’empathie)
- “Les personnes financièrement défavorisées sont plus aptes à lire les émotions” (ce qui peut également expliquer que les femmes, qui depuis longtemps sont inférieures aux hommes financièrement, aient développé plus d’empathie que ceux-ci et aient de meilleurs scores en matière d’empathie, en partie du fait du développement d’un “besoin d’être très attentives à ceux qui détiennent le pouvoir, associé à leur propre manque relatif de pouvoir”.
- Lorsque l’on indique aux femmes qu’elles vont être évaluées sur leurs “niveau d’empathie”, elles ont “tendance à se montrer plus empathiques” du fait, probablement, qu’elles ont conscience que c’est un “trait de caractère socialement acceptable” et que, dans le même temps, lorsque l’on indique aux hommes, à l’avance, qu’ils sont “doués pour partager et prendre soin des sentiments des autres”, les résultats aux questionnaires d’auto-analyse étaient similaires entre les hommes et les femmes.
2. D’autre part, il y a eu, depuis plusieurs années, beaucoup de revendications faites par les femmes au sujet de l’inégalité entre elles et les hommes en ce qui concerne notamment :
La considération :
Là où l’homme était considéré comme un sujet, comme un être supérieur, la femme était considérée comme un être inférieur (hypothèses scientifiques à l’appui), un objet au service de l’homme et de la satisfaction de ses besoins et souhaits.
Les droits et les finances : petit retour historique français :
Les filles à l’école
- Au départ, les filles n’avaient pas leur place à l’école car ce qui était projeté pour elles étaient plutôt de s’occuper de leur foyer et élever les enfants qu’elles allaient mettre au monde.
- Ce n’est qu’en 1850 que les premières “écoles pour filles” ont vu le jour (avec la loi Falloux qui imposait aux communes de plus de 800 habitants d’ouvrir des écoles primaires pour les filles). Mais celles-ci sont payantes (donc réservées à une minorité) et il n’y a pas d’école pour le secondaire.
- En 1861, la première bachelière française, Julie-Victoire Daubié, a dû préparer son bac en candidat libre, faute de lieu d’instruction pour elle.
- En 1868, Emma Chenu est la première femme à obtenir une licence, soit une licence de mathématiques.
- En 1875, Madeleine Brès est la première femme à faire un doctorat après des études de médecine
- 1880 : la Sorbonne ouvre ses portes aux femmes
- En 1881, la loi Camille See impose la création de lycées publics laïques “pour jeunes filles” mais ceux-ci son payants et ne préparent pas au baccalauréat.
En effet, pourquoi les femmes auraient-elles besoin d’un diplôme puisqu’elles ne sont pas destinées à travailler ? Leur éducation était probablement utilitaire, afin de leur permettre d’être des expertes en gestion du foyer.
D’ailleurs, Camille See, avance l’argument suivant :
“La société repose sur la famille et la famille est ce que fait la femme. Pendant que l’homme lutte et travaille dehors, la femme élève les enfants […] elle les prépare à la vie pratique […] Il ne s’agit pas de leur donner toutes les connaissances qu’elles sont aptes à acquérir ; il faut choisir ce qui peut leur être le plus utile, insister sur ce qui convient le mieux à la nature de leur esprit et à leur future condition de mère de famille, et les dispenser de certaines études pour faire place aux travaux et aux occupations de leur sexe […] le cours de philosophie est réduit au cours de morale, l’enseignement scientifique est rendu plus élémentaire[…]” (extrait d’un rapport présenté par Paul Broca et publié au Journal officiel du 19 juillet 1880).
Et il précise également, comme pour rassurer ceux qui s’opposeraient à l’instruction des filles dans le secondaire : « Il ne s’agit ni de détourner les femmes de leur véritable vocation , qui est d’élever leurs enfants et de tenir leur ménage, ni de les transformer en savants , en bas-bleus, en ergoteuses. Il s’agit de cultiver les dons heureux que la nature leur a prodigués , pour les mettre en état de mieux remplir les devoirs sérieux que la nature leur a imposés . » (propos rapportés sur le site : https://www.senat.fr/rap/r16-101/r16-1015.html)
- En 1882, Jules Ferry rend l’école primaire obligatoire pour l’ensemble des filles et des garçons mais les programmes sont alors différenciés et pour les filles, il s’agit de les préparer “aux soins du ménage et aux ouvrages de femme” (tandis que les garçons sont préparés aux “travaux d’ouvrier et du soldat”).
- En 1892, alors que Jeanne Chauvin est la première femme à soutenir une thèse en droit, voit ses revendications d’égalité d’accès à l’instruction contestées par des étudiants ayant fait irruption dans la salle
- En 1902, Marie Curie devient la première professeure d’université
- Il faut attendre le décret Léon Bérard de 1924 pour que les programmes soient identiques entre les filles et les garçons
Les femmes au travail
Pendant plusieurs siècles, les politiques familiales ont incité à l’inactivité professionnelle des femmes, rend invisible le travail des femmes etfait l’apologie de la mère de famille.
En effet,
- Entre 1804 et 1810 les épouses sont subordonnées entièrement à leur mari.
- Il faut attendre 1909, voire 1913 pour connaître l’instauration d’un congé maternité et d’indemnités suite à l’accouchement (première reconnaissance des besoins des femmes dans le cadre de leur travail)
- Le recensement statistique profite surtout aux hommes et aux femmes dont le travail était distinct de celui de leur mari. Celles ayant un travail aux côtés de leur mari étaient donc annihilées.
- La visibilité des femmes dans le travail a surtout pris un essor au moment des guerres mondiales en prenant des postes à responsabilité en l’absence des hommes, réquisitionnés sur le front.
Et pourtant, si l’on regarde d’un point de vue statistique, les femmes travaillaient depuis longtemps :
- En 1821, on comptait 3 millions de femmes dans l’agriculture (soit + de 60% de la population active féminine) et ⅓ des femmes étaient à la tête d’une exploitation agricole lors de la 1GM.
- Entre le XIXe et le XXe s., les ouvrières en chambre représentaient jusqu’à 30% de la population active (domaine du textile, gants et chaussures, horlogerie) ;
- Au cours de la 2ème moitié du XIXème siècle, les femmes de ménage représentaient 12% de la population active dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
Et, dans le même temps :
- L’employabilité des femmes étaient subordonnées à l’autorisation de leur mari et ce jusqu’en 1965.
- Ce sont les aptitudes (ou non) des femmes qui délimitent les emplois qu’elles pouvaient entreprendre.
↳ Leur a priori caractéristiques naturelles telles que la dextérité, la minutie, la rapidité et la patience leur permet d’avoir des emplois dans les usines de l’alimentation, la confection et les cuirs et peaux. Et ce n’est qu’après la 1ère guerre mondiale qu’on leur ouvre d’autres formations.
↳ On a crée également un poste spécifiquement pour elles (en appui sur les qualités mentionnées ci-dessus), les “demoiselles du téléphone”, dans lequel elles mettent en relation des abonnés entre eux par l’intermédiaire de fiches. En 1874, le métier de dactylographe est né avec l’invention de la machine à écrire.
-> La professionnalisation de certaines tâches exécutées bénévolement (soin, aide, éducation) a permis à des femmes d’être progressivement employées comme infirmières et assistantes sociales (Juin 1922 : création du diplôme d’Etat d’infirmière. 1932 : création du diplôme d’assistante sociale), sage-femmes (Entre 1800 et 1850, 30 000 sage-femmes ont été recrutés), institutrices (ce métier étant au départ réservé aux hommes : 55% de féminisation en 1880 et 66% en 1932).
Mais elles n’ont toujours pas le droit de voter (puisque le droit de vote leur est octroyé en 1944), comme si leur capacité de réflexion et d’analyse du monde qui les entoure était mise en doute dans le fait qu’elles n’étaient pas considérées comme participant véritablement à l’économie et la logistique du pays).
Mais ces revendications et les avancées, mises en oeuvres qui en ont découlé sont relativement récentes.
Alors, lorsque l’on sait que chez l’humain, les mutations (génétiques, cérébrales) mettent longtemps à s’effectuer et à s’observer (contrairement aux animaux chez qui il faut en moyenne une à deux générations pour qu’il y ait une mutation notoire), on comprend pourquoi les habitudes et préjugés semblent comme ancrés au sein même de notre constitution psychique, voire physique.
D’ailleurs, même alors que l’on sait, objectivement, que la femme est égale à l’homme (cognitivement du moins car en ce qui concerne les capacités physiques, il peut y avoir des différences) puisque cela est inscrit dans la constitution et dans la loi, en pratique :
- En tant que femme, il y a des situations où c’est plus fort que soi, on agit, on pense comme si l’on n’était pas à la hauteur, comme si l’on avait moins de capacités cognitives que les hommes.
- En tant qu’homme, il y a des situations où la femme est considérée par eux comme inférieure, plus maléable qu’un homme, devant aller dans le sens de leur demande, se sacrifier pour eux, les servir…
Par exemple, :
Une mère m’a rapporté qu’un pédiatre homme lui avait semblé avoir profité de l’absence de son mari pour lui parler avec un air supérieur et condescendant et lui faire croire qu’elle n’était pas compétente en matière de réflexion concernant les soins de son enfant (en l’occurrence la mère demandait à être présente pendant que l’on tentait de remettre un cathéter à son nourrisson de 3 jours pour le rassurer et qu’il sente sa présence) et elle s’était fait la réflexion que ça n’aurait pas été pareil si son mari avait été présent (parce qu’il y aurait eu un homme parlant à un autre homme donc d’égal à égal en quelque sorte et parce que connaissant son mari, il aurait été confiant dans le fait de s’opposer à ce qui était proposé par le médecin contrairement à elle qui ne s’était pas sentie légitime de le faire).
Une femme m’a raconté qu’elle avait l’impression que, dans le cadre de travaux effectués à son domicile, les hommes faisaient le choix de parler aux femmes plutôt qu’aux hommes lorsqu’il est question d’imposer (ou faire accepter) quelque chose et d’éviter les remises en questions, les débats, remises en causes, revendications, oppositions fermes et définitives (car les femmes sont souvent considérées comme plus conciliante, serviables, malléables, fragiles, peu confiantes…)
Cela s’appelle un biais cognitif et s’appuie sur les considérations préconçues que tout un chacun a en appui sur son histoire personnelle ainsi que sur la considération de la société dans laquelle il a grandit et/ou évolue dans l’actuel.
Conclusion
En résumé,
Le fait que pendant longtemps (et encore aujourd’hui d’une certaine manière) :
- Les femmes aient été assignée à un rang culturel et social inférieur à celui des hommes et fortement invitées à se montrer empathique, sensibles, compatissantes, adaptatives, fragiles, et serviables à l’égard des hommes (et entre elles) ;
- Les hommes aient été assignés à un rang culturel et social supérieur à celui des femmes et fortement invités à se montrer insensibles, puissants, forts, influents, dominateurs et asservissants à l’égard des femmes (et entre eux)
Constitue un biais cognitif important et durable.
Dans ce cadre, le fait que les femmes aient davantage tendance (par rapport aux hommes) à se montrer empathique, sensibles, compatissantes, adaptatives, serviables et disposées à se sacrifier n’est en rien une fatalité et il est tout à fait possible :
Pour les femmes :
- De résister à l’appel du sacrifice (sans avoir à se justifier ni à se sentir coupable ou des “mauvaises mères”) ;
- De se considérer davantage comme l’égal de l’homme en termes de capacités cognitives et parfois physiques.
Pour les hommes :
- De sacrifier davantage leur individualité et ainsi rétablir l’équilibre entre eux et leur conjointe (que ce soit dans le cadre du soins aux enfants ou dans la réponse aux besoins de leur conjointe, lorsque celles-ci ressentent un déséquilibre) ;
- De considérer davantage la femme comme son égal et capable de grande choses, tant sur le pan cognitif que physique, même si elle a quelque “faiblesse” à certains moments de sa vie(et faire attention aux considérations stéréotypées inconscientes)
Mais faut-il déjà avoir conscience que nous avons grandi en appui sur des biais cognitifs.
Pour cela, mesdames, je vous invite à prendre contact avec moi pour faire le point sur ce qui, dans votre parcours de vie, a conduit au développement des tendances répétitives qui sont les vôtres et qui vous questionnent ou vous font souffrir (ou questionnent/font souffrir votre entourage)


